Microsoft serait en train de réduire progressivement un accord de location de capacité cloud pour l’intelligence artificielle conclu avec Oracle, selon une information publiée vendredi 6 novembre par Bloomberg. La nouvelle intervient alors que l’action Oracle (NYSE : ORCL) perd environ 4,5 % au cours de la séance, tandis que le rebond des semi-conducteurs américains s’essouffle après le décrochage de jeudi.
Cette évolution, rapportée par Bloomberg, ne doit pas être confondue avec une rupture de l’ensemble des relations entre Microsoft et Oracle. Le montant de la capacité concernée, le calendrier de retrait et les éventuelles conséquences contractuelles ne sont pas établis par les éléments publiquement accessibles au moment de cette analyse.
Oracle recule à Wall Street, Microsoft résiste davantage
L’action Oracle évolue autour de 110 dollars, en baisse de 4,45 % sur le graphique journalier du 6 novembre. Le titre a touché un plus bas de séance à 109,22 dollars. La pression vendeuse prolonge une correction déjà engagée : le recul ne peut donc être attribué intégralement à la nouvelle information sur Microsoft.

Sur plusieurs mois, Oracle a perdu une part importante du terrain gagné au printemps. Cette tendance souligne la sensibilité de sa valorisation aux annonces sur les grands contrats d’infrastructure IA, mais aussi au coût de leur financement.

À titre de comparaison, Microsoft (NASDAQ : MSFT) s’affiche vers 534,06 dollars, soit -0,35 % sur la séance. L’écart de performance est cohérent avec une réaction plus sévère du marché envers le fournisseur de capacité qu’envers son client potentiel. Il ne constitue pas une mesure de l’effet financier exact de l’accord.

Un contrat cloud de moins : ce qui compte réellement pour Oracle
Pour Oracle, le risque économique serait d’avoir engagé des dépenses en bâtiments, équipements ou capacité de calcul sur la base de recettes attendues qui seraient ensuite réduites ou différées. Mais sans précision sur les clauses du contrat, les paiements déjà reçus et la possibilité de relouer cette capacité, il serait trompeur de chiffrer un manque à gagner.
Ce nouveau dossier intervient deux jours après les informations sur l’accord de 7 milliards de dollars entre Oracle et Tencent, présenté comme abandonné selon le Financial Times. Les deux affaires ne sont pas identiques : celle de Tencent renvoie à des tensions géopolitiques, tandis que la relation avec Microsoft concerne la stratégie d’achat de capacité cloud IA. Elles renforcent toutefois la même question pour les investisseurs : quelle part des contrats annoncés se transforme réellement en revenus et en trésorerie ?
Cette interrogation prend de l’importance au regard du financement de l’expansion d’Oracle. Le groupe a engagé une stratégie de levée de capitaux détaillée dans notre analyse de son dépôt à la SEC et des 20 milliards de dollars de financements prévus. Une capacité inutilisée ou relouée à des conditions moins favorables pèserait sur la rentabilité, mais rien ne permet d’affirmer que cette situation s’est matérialisée ici.
SOXX : le rebond du 6 novembre perd nettement de sa force
La nervosité dépasse Oracle. L’ETF iShares Semiconductor SOXX, qui regroupe des valeurs américaines des puces, évolue autour de 134,72 dollars, encore en hausse de 2,14 % sur la séance. Il avait pourtant atteint 140,21 dollars plus tôt dans la journée. Le repli depuis ce sommet approche ainsi 3,9 %, malgré un bilan journalier toujours positif.

Ce reflux intervient au moment où de nouvelles inquiétudes apparaissent sur les engagements de calcul IA. Il ne prouve pas que le seul article Bloomberg provoque la baisse : la séance fait également suite à une forte liquidation de jeudi, et les prises de bénéfices peuvent amplifier la volatilité. Le contexte de cette correction est développé dans notre bilan du krach de Wall Street du 5 novembre, marqué par la chute du Nasdaq et du SOXX.

Microsoft devient plus sélectif sur la capacité IA
La décision rapportée sur Oracle s’inscrit dans un réexamen plus large de certains engagements externes. Le 5 novembre, Reuters indiquait que Microsoft renonçait à une option d’extension de son accord texan avec Nscale, sans remettre en cause le contrat existant. Les tensions de livraison chez d’autres opérateurs avaient déjà été examinées dans notre article sur IREN, Microsoft et les retards des centres de données.
Pour les fournisseurs de cloud IA, le point central devient la qualité des engagements commerciaux autant que leur taille. Un contrat réduit, reporté ou renégocié ne produit pas nécessairement une perte immédiate, mais il modifie les anticipations de rentabilité des infrastructures financées à l’avance.
Les prochaines informations à surveiller
Le scénario favorable pour Oracle serait une réduction limitée, compensée par une réaffectation rapide de la capacité à d’autres clients et sans impact matériel sur les marges. Le scénario défavorable serait une baisse durable des volumes loués alors que les dépenses d’infrastructure et les charges financières se poursuivent. Pour départager ces hypothèses, il faudra connaître le périmètre de l’accord Microsoft, l’état des équipements concernés et les prochaines indications d’Oracle sur la croissance de son cloud et ses flux de trésorerie.
Pour le SOXX, la question immédiate est différente : le rebond du 6 novembre parviendra-t-il à résister à la pression vendeuse après la forte correction de la veille ? La perte d’élan observée dans l’après-midi montre que la stabilisation du secteur n’est pas encore acquise.