SoftBank Group a perdu 6,77 % à Tokyo jeudi 5 novembre 2026, à 3 980 yens, alors que son projet de rachat d’ABB Robotics pour 5,375 milliards de dollars se heurte à un veto chinois. Les autorités de Pékin ont interdit l’acquisition des activités du fabricant de robots industriels en Chine. Cette décision frappe une opération centrale dans la stratégie d’« IA physique » du groupe japonais, au moment où les valeurs technologiques subissent déjà une correction sur les marchés.
ABB a confirmé officiellement le blocage des opérations chinoises, tout en précisant que les discussions avec SoftBank se poursuivaient. L’accord mondial n’est donc pas formellement abandonné. L’incertitude porte désormais sur sa structure, son calendrier et, surtout, sur la possibilité de préserver les actifs chinois qui faisaient une grande partie de son intérêt stratégique.
La Chine interdit le rachat des activités locales d’ABB Robotics
L’annonce publiée le 5 novembre par ABB ne laisse pas de doute sur la décision réglementaire : SoftBank l’a informé que l’Office du mécanisme de contrôle de sécurité des investissements étrangers en Chine avait interdit l’acquisition d’ABB Robotics dans le pays. Il s’agit d’un examen de sécurité de l’investissement, distinct de l’analyse classique de concurrence. Le Financial Times indique que le dossier avait déjà franchi une étape antitrust en février.
La portée exacte du refus reste décisive. La décision ne constitue pas une annonce de résiliation du contrat conclu entre les deux groupes. Elle rend néanmoins difficile une acquisition inchangée d’une division mondiale dont la Chine constitue un marché de premier plan. ABB ne fournit ni nouveau calendrier ni formule alternative ; SoftBank n’a pas rendu publique une solution de restructuration de l’opération.
Les motivations invoquées publiquement par les autorités chinoises ne sont pas détaillées dans le communiqué du groupe suisse. D’après les informations recueillies par le Financial Times, les discussions ont porté sur les chaînes d’approvisionnement, le maintien de capacités de production, la propriété intellectuelle et le risque de transfert de données industrielles à l’étranger. La possibilité que ces données soient exploitées pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle, y compris ceux d’OpenAI, est une inquiétude rapportée par le quotidien, pas un motif officiellement exposé par ABB.
SoftBank perd 6,77 % : une sanction plus marquée que celle du marché japonais
À la clôture du 5 novembre, l’action SoftBank Group (TSE : 9984) termine à 3 980 yens, en baisse de 289 yens, soit 6,77 %. Environ 59,52 millions de titres ont changé de mains, contre une moyenne mobile sur vingt séances proche de 51,84 millions. Le volume est donc supérieur d’environ 15 % à cette référence, signe d’une séance active sans suffire à identifier, à lui seul, les motivations des investisseurs.

La réaction est plus sévère que celle de l’indice japonais. Le Nikkei 225 termine la séance à 61 077,90 points, en baisse de 1,79 %, d’après le bilan officiel de marché du 5 novembre. Les deux performances portent sur la même séance de Tokyo. Le recul de SoftBank excède ainsi celui du marché d’environ cinq points de pourcentage, mais cet écart ne peut pas être imputé entièrement au dossier ABB : la correction des entreprises liées aux semi-conducteurs et à l’IA pèse parallèlement sur le groupe.

Ce contexte prolonge les divergences sectorielles décrites dans notre analyse de la baisse des semi-conducteurs et des data centers après les midterms américains. Le marché réévalue plusieurs segments de l’écosystème IA, avec des réactions différentes selon les bilans, les dépenses et les perspectives de croissance. Le veto chinois ajoute à SoftBank un risque spécifique, indépendant des seules anticipations de bénéfices.
Pourquoi ABB Robotics était une acquisition stratégique
Le contrat signé le 8 octobre 2025 prévoyait le rachat de la division Robotique d’ABB pour un prix annoncé de 5,375 milliards de dollars, sous réserve d’ajustements habituels. La clôture était initialement envisagée entre le milieu et la fin de 2026. SoftBank voulait combiner la base industrielle et commerciale d’ABB avec ses investissements dans les robots, les infrastructures informatiques et les modèles d’IA.
ABB Robotics apporte des bras industriels, des robots collaboratifs, des équipements mobiles, des logiciels et un réseau de clients industriels. Les capacités de déploiement et de maintenance sur le terrain ne peuvent pas être remplacées rapidement par un simple investissement dans des algorithmes. Pour SoftBank, l’enjeu consiste à relier les modèles capables de percevoir et de décider à des machines capables d’agir dans les usines et les entrepôts.
| Indicateur | Valeur de référence | Lecture financière |
|---|---|---|
| Valeur de l’opération annoncée | 5,375 Md$ | Prix convenu, pas une dépense déjà réalisée |
| Chiffre d’affaires ABB Robotics en 2024 | Environ 2,3 Md$ | Environ 7 % des ventes du groupe ABB cette année-là |
| EBITA opérationnel 2024, pro forma | 277 M$ | Indicateur ajusté, différent du résultat net |
| Marge d’EBITA opérationnel 2024 | 12,1 % | Rentabilité publiée par ABB |
| Effectifs de la division | Environ 7 000 | Base industrielle et expertise mondiale |
| Ratio prix / CA 2024, indicatif | Environ 2,3 fois | Comparaison historique, pas multiple prévisionnel |
Ces données proviennent des informations publiées par ABB et de la documentation de SoftBank lors de l’annonce. La marge et l’EBITA sont des mesures opérationnelles, non assimilables au bénéfice net ou au flux de trésorerie disponible. Le montant de 5,375 milliards de dollars n’est pas davantage une perte comptable immédiate pour l’acquéreur si la vente échoue.
La Chine est trop importante pour être simplement exclue du périmètre
La Chine est le principal marché d’ABB Robotics. Selon Reuters Breakingviews, elle représentait 23 % des revenus de la division sur les neuf premiers mois de 2025. Plus de 90 % des robots destinés aux clients chinois sont fabriqués localement, d’après les informations rapportées par le Financial Times. L’usine de Shanghai et les relations avec les industriels locaux font de cette présence un actif opérationnel, et non un simple canal commercial.
En pratique, retirer les activités chinoises du rachat pourrait donc modifier la rentabilité, les débouchés et les synergies attendues. Il faudrait aussi déterminer le traitement des marques, des logiciels, de la propriété intellectuelle, des contrats mondiaux et des approvisionnements. Aucun découpage de ce type n’a été officialisé au 5 novembre. Il reste une hypothèse de négociation, susceptible de nécessiter une révision du prix ou des engagements industriels.
Ce dossier montre également que l’autorisation antitrust et la sécurité nationale relèvent de logiques distinctes. Une entreprise peut obtenir un accord sur le terrain de la concurrence tout en se voyant refuser la prise de contrôle de certains actifs jugés sensibles. Pour les projets d’IA physique, les données collectées dans les environnements industriels peuvent devenir un facteur réglementaire aussi important que les machines elles-mêmes.
ABB recule aussi en Bourse, avec un risque différent
À Zurich, le titre ABB (SIX : ABBN) évolue autour de 69,54 francs suisses, en baisse de 1,31 % dans les échanges du 5 novembre. La réaction est moins forte que celle de SoftBank, mais le groupe suisse subit une incertitude directe sur le calendrier de sa cession et sur l’affectation future des fonds.

ABB avait préféré une vente en numéraire à son projet antérieur d’introduction en Bourse séparée de la division Robotique. Le groupe estimait initialement que l’opération générerait environ 5,3 milliards de dollars de produit de cession après frais de transaction, avant d’autres effets fiscaux et de séparation. Sans réalisation de la transaction, ce financement attendu ne peut pas être considéré comme acquis.
Trois conséquences sont à distinguer : un report différerait les entrées de trésorerie ; une renégociation pourrait réduire la valeur encaissée ; un abandon obligerait ABB à réexaminer ses options de séparation, de conservation ou de cession. Aucun de ces scénarios n’est annoncé comme une décision définitive. Le cœur des activités d’électrification et d’automatisation d’ABB continue par ailleurs d’exister indépendamment de ce dossier.
SoftBank cumule le risque chinois et la pression sur Arm
L’obstacle chinois arrive dans une période de forte volatilité pour SoftBank. Le titre japonais se situe très en dessous des sommets approchés au printemps et au début de l’été 2026. Son parcours hebdomadaire illustre un retournement marqué après la hausse précédente, sans qu’il soit possible d’isoler un événement unique pour expliquer l’ensemble de ce mouvement.

Le groupe est également exposé à Arm Holdings, concepteur de technologies pour processeurs. Arm a terminé la séance américaine du 4 novembre à 191,80 dollars, en recul de 5,28 %, avant que Wall Street ne réagisse pleinement à sa dernière publication. Notre analyse des résultats d’Arm détaille le contraste entre un chiffre d’affaires trimestriel de 1,44 milliard de dollars et des royalties inférieures aux attentes, malgré le dynamisme des licences.

Cette pression sur Arm ne découle pas automatiquement du veto sur ABB Robotics. Elle reflète des enjeux distincts de valorisation, de croissance des royalties et de dépenses d’infrastructure. Pour SoftBank, ces facteurs se cumulent néanmoins dans la perception du risque : la société doit défendre une stratégie couvrant simultanément les puces, les centres de données, l’énergie, les modèles d’IA et la robotique physique.
Les tensions sur les flux technologiques entre la Chine et les États-Unis apparaissent également dans notre article sur l’abandon rapporté du contrat Oracle-Tencent de 7 milliards de dollars. Les mécanismes sont différents, mais les deux affaires soulignent l’importance des autorisations, des données et de l’origine géographique des technologies dans les investissements d’IA.
La robotique IA n’est pas uniformément sanctionnée
Il serait excessif de conclure à un rejet général de toute la robotique cotée. L’ETF américain Global X Robotics & Artificial Intelligence (NASDAQ : BOTZ) a terminé sa séance du 4 novembre à 32,81 dollars, en hausse de 1,52 %. Cette performance, antérieure à la confirmation publique du veto, ne mesure donc pas sa réaction à la décision chinoise. Elle rappelle surtout qu’un panier d’entreprises robotisées ne présente ni les mêmes actifs, ni les mêmes risques politiques qu’une acquisition transfrontalière précise.

Pour les sociétés de robotique, les perspectives commerciales restent liées à l’automatisation des usines, à la disponibilité des composants, aux dépenses d’investissement des clients et à la capacité des systèmes d’IA à fonctionner de façon fiable dans les conditions industrielles. Le dossier SoftBank-ABB introduit une contrainte supplémentaire : l’accès aux marchés et aux données peut dépendre des autorités nationales.
Trois scénarios pour l’opération SoftBank-ABB
Un nouvel accord réglementaire
SoftBank pourrait tenter d’obtenir une révision de la décision ou de négocier des garanties sur la conservation locale des activités, des données et de certaines technologies. Ce scénario préserverait la logique industrielle du rachat. Il dépend toutefois des exigences des autorités chinoises, qui ne sont pas détaillées publiquement, et ne constitue pas une issue acquise.
Une transaction redessinée
Les parties pourraient envisager un périmètre différent ou des partenariats séparés pour la Chine. Une telle approche réduirait potentiellement l’exposition réglementaire, mais risquerait de diminuer les économies d’échelle et la valeur stratégique de l’ensemble. La cohérence du prix de 5,375 milliards de dollars devrait alors être réévaluée.
Un abandon et une nouvelle stratégie de séparation
Si le veto rendait impossible une structure acceptable, ABB pourrait revenir à d’autres options pour son activité Robotique, tandis que SoftBank devrait accélérer ses investissements industriels existants ou rechercher d’autres actifs. Ce scénario ferait perdre du temps à sa stratégie d’IA physique sans signifier la fin de ses investissements dans ce domaine.
Le prochain catalyseur sera une communication précise d’ABB ou de SoftBank sur le sort des activités chinoises, les autorisations restantes, le prix et le calendrier. À défaut de clarification, le risque réglementaire continuera de peser sur une transaction dont la logique stratégique reste identifiable, mais dont la réalisation n’est plus assurée. Pour les investisseurs, l’enjeu est moins le montant affiché du rachat que la capacité de SoftBank à acquérir et exploiter la plateforme industrielle mondiale qu’il avait choisie.