Bloom Energy et California Resources visent 1 GW : pourquoi BE bondit en Bourse

Bloom Energy (NYSE : BE) et California Resources Corporation (NYSE : CRC) veulent étudier plus de 1 gigawatt (GW) de production électrique en Californie, associé à des installations de captage et de stockage du CO₂. Annoncé le 2 novembre 2026, ce rapprochement vise notamment les centres de données, les réseaux électriques et les sites industriels. Les partenaires évoquent jusqu’à 3 millions de tonnes de CO₂ par an susceptibles d’être captées et stockées. Mais aucun investissement définitif ni contrat de fourniture d’électricité n’a encore été signé.

En Bourse, Bloom Energy gagnait 9,57 % à 215,04 dollars au cours de la séance du 3 novembre, contre 0,76 % à 52,94 dollars pour California Resources. Cette divergence ne s’explique pas uniquement par l’accord : une amélioration de la recommandation de Barclays sur Bloom Energy a également soutenu le titre.

Un projet d’au moins 1 GW, mais pas encore de commande ferme

Dans leur communiqué du 2 novembre, CRC, sa filiale Carbon TerraVault (CTV) et Bloom Energy annoncent un memorandum of understanding (MOU), ou protocole d’accord, non contraignant. Leur objectif est d’identifier des projets de production d’électricité reposant sur les piles à combustible à oxyde solide de Bloom, combinées à des technologies de captage du carbone fournies par des tiers.

La répartition des rôles est précise. Bloom apporterait ses équipements de production électrique. Des prestataires spécialisés fourniraient les systèmes de captage. Carbon TerraVault assurerait le transport et le stockage géologique permanent du CO₂, tandis que CRC contribuerait à la gestion des projets et à l’accès aux infrastructures californiennes.

Paramètre Projet annoncé
Puissance étudiée 1 GW ou plus, au total
Localisation Californie centrale et septentrionale
Technologie Piles à combustible à oxyde solide et captage du CO₂
Stockage Transport et séquestration par Carbon TerraVault
Volume de CO₂ Jusqu’à 3 millions de tonnes par an potentiellement disponibles pour captage et stockage
Statut Protocole non contraignant, contrats définitifs et autorisations encore nécessaires

Deux architectures sont envisagées. Les projets front-of-the-meter injecteraient leur électricité sur le réseau ou alimenteraient des acheteurs raccordés. Les installations behind-the-meter fourniraient directement de l’énergie à des sites industriels ou à des centres de données. Les partenaires n’ont publié ni calendrier de mise en service, ni montant d’investissement, ni tarif de vente de l’électricité.

Pourquoi les centres de données sont au cœur du projet

L’essor des centres de données modifie les critères de choix des infrastructures électriques. Outre la quantité d’énergie disponible, leurs exploitants recherchent une alimentation continue, une mise en service prévisible et une moindre exposition aux retards de raccordement. Une production sur site peut répondre à une partie de ces contraintes, sans supprimer les besoins de combustible, de maintenance et d’équipements de secours.

C’est aussi ce qui distingue l’approche de Bloom Energy d’une simple extension du réseau. Les piles à combustible produisent de l’électricité par réaction électrochimique, sans combustion conventionnelle. Elles peuvent fonctionner à partir de combustibles adaptés à leur système. Cela ne signifie pas qu’elles sont automatiquement exemptes d’émissions : le bilan dépend de l’approvisionnement énergétique, des équipements de captage et de l’ensemble du cycle de vie.

Ce projet prolonge une tendance plus large déjà analysée à l’occasion du rachat de Trench par GE Vernova, centré sur les réseaux électriques. Les investissements des géants technologiques, détaillés dans notre analyse des dépenses d’infrastructures de la Big Tech, créent un marché pour les équipements capables de produire, acheminer ou sécuriser l’électricité. La concrétisation de cette demande dépend néanmoins de la construction effective des centres de données.

A lire aussi  L'Iran déploie des drones vers l'Arabie saoudite et le Koweït : une montée des tensions régionales

Captage du carbone : l’atout de Carbon TerraVault

Le montage industriel repose sur la concentration du CO₂ dans les flux issus des piles à combustible. Les partenaires estiment que cette caractéristique pourrait faciliter sa séparation et réduire le coût du captage par rapport à certaines autres configurations. Les 3 millions de tonnes annoncées correspondent à un potentiel de CO₂ disponible, et non à une quantité déjà captée, certifiée ou contractuellement garantie.

Carbon TerraVault n’en est pas au seul stade de projet. Dans sa mise à jour du troisième trimestre, la société indique que son site CTV I injecte déjà du CO₂ en stockage permanent et génère des revenus liés au site gazier d’Elk Hills. Elle a aussi déposé une nouvelle demande de permis pour environ 57 millions de tonnes de capacité de stockage, portant le total de ses capacités faisant l’objet de demandes à environ 409 millions de tonnes. Des volumes soumis à autorisation ne sont pas des capacités intégralement approuvées ou disponibles.

La crédibilité du partenariat repose ainsi sur deux compétences distinctes : la production électrique décentralisée chez Bloom et l’accès aux infrastructures de transport et de stockage du CO₂ chez CRC. Il reste à établir, projet par projet, le taux réel de captage, le coût de l’énergie livrée, les volumes injectables et les conditions d’autorisation.

Pourquoi Bloom Energy bondit beaucoup plus que CRC

La séance du 3 novembre a été favorable à Bloom Energy. Le titre a évolué au-dessus de 210 dollars après avoir terminé la veille à 196,25 dollars. À 215,04 dollars, sa progression atteignait 9,57 %. Cette hausse intervient après une correction marquée depuis les sommets de l’été, ce qui rend le titre particulièrement sensible aux nouvelles sur ses débouchés commerciaux.

Bloom Energy BE : cours horaire et volumes du 16 octobre au 3 novembre 2026
Bloom Energy : évolution horaire du cours et des volumes entre octobre et novembre 2026. Source : TradingView.

Il serait toutefois excessif d’attribuer toute la hausse au partenariat. Le même jour, Barclays a relevé sa recommandation de « pondération neutre » à « surpondérer », tout en abaissant son objectif de cours de 316 à 289 dollars. Le courtier met notamment en avant l’accélération de la demande, l’extension des capacités industrielles et la progression des acomptes versés par les clients. Un objectif d’analyste est une estimation, pas une valeur garantie.

Pour les investisseurs, le MOU renforce la perspective commerciale de Bloom, mais n’ajoute pas à ce stade 1 GW de commandes fermes à son carnet. Les parties devront encore identifier les clients, négocier les contrats et valider la rentabilité des sites.

Bloom Energy : une croissance spectaculaire, mais un besoin de trésorerie

Le marché accueille cette annonce alors que les chiffres d’affaires de Bloom progressent rapidement. Au troisième trimestre 2026, le groupe a enregistré 1,236 milliard de dollars de revenus, soit +138,1 % sur un an, avec une marge brute GAAP de 33,8 % et un résultat opérationnel GAAP de 225,4 millions de dollars. Dans sa publication financière du 22 octobre, Bloom a relevé ses objectifs annuels à 4,4 à 4,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

Bloom Energy T3 2026 publié T3 2025 publié
Chiffre d’affaires 1 235,8 M$ 519,0 M$
Marge brute GAAP 33,8 % 29,2 %
Résultat opérationnel GAAP 225,4 M$ 7,8 M$

Cette croissance n’efface pas la question du financement. Le trimestre a consommé 27,1 millions de dollars de trésorerie opérationnelle, tandis que les achats d’immobilisations ont atteint 153,5 millions. Le flux de trésorerie disponible ressort ainsi autour de -180,6 millions de dollars, sur la base de ces deux postes. Développer les capacités de production avant l’encaissement final des contrats peut accentuer cette tension.

A lire aussi  Sous l'emprise de l'inflation américaine, Wall Street traverse une période de turbulences

Les acomptes clients évoqués par Barclays sont encourageants pour la visibilité commerciale, mais ils ne doivent pas être assimilés à des recettes déjà reconnues. Le décalage entre commandes, livraison et trésorerie rappelle les enjeux de financement abordés dans notre dossier sur les risques d’endettement des infrastructures d’IA. La chaîne d’approvisionnement énergétique n’a pas les mêmes actifs que les opérateurs de cloud, mais elle dépend elle aussi du rythme réel de déploiement des projets.

Bloom Energy BE : cours quotidiens et volumes de 2026
Bloom Energy : évolution du cours et des volumes sur l’année 2026. Source : TradingView.

California Resources : une option de croissance pour le stockage du CO₂

Pour CRC, le partenariat offre une manière de valoriser son portefeuille de terrains, ses infrastructures énergétiques et son activité de gestion du carbone. L’entreprise reste toutefois d’abord un producteur d’hydrocarbures. Elle a déclaré 341 millions de dollars d’EBITDAX ajusté et 147 millions de dollars de flux de trésorerie disponible au troisième trimestre 2026, d’après ses résultats publiés le 2 novembre.

L’activité Carbon TerraVault est encore de taille modeste au regard du groupe. Au troisième trimestre, son segment de gestion du carbone a publié 2 millions de dollars de revenus opérationnels et un EBITDAX ajusté négatif de 8 millions de dollars. Un déploiement réussi avec Bloom pourrait lui ouvrir une nouvelle source de revenus de transport et de stockage, sans qu’il soit possible aujourd’hui de la chiffrer.

CRC progressait de 0,76 % à 52,94 dollars lors de la séance du 3 novembre. La différence de performance avec Bloom reflète des modèles économiques et des valorisations distincts. Elle ne prouve pas, à elle seule, que les investisseurs attribuent une valeur précise au projet de 1 GW.

California Resources CRC : cours quotidiens et volumes en 2026
California Resources : évolution du cours et des volumes sur l’année 2026. Source : TradingView.

Ce qui décidera de la valeur réelle du partenariat

Trois étapes devront être franchies avant que cette annonce ne produise des revenus récurrents identifiables : des contrats d’achat d’électricité fermes, des décisions finales d’investissement et les autorisations environnementales, dont les permis de puits de stockage de classe VI délivrés par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) lorsque requis. Il faudra aussi préciser la disponibilité du combustible, les coûts de captage et les moyens de raccordement ou de livraison.

Scénario favorable : des premiers contrats qui valident le modèle

Si les partenaires signent des engagements commerciaux avec des opérateurs de centres de données ou des fournisseurs d’électricité solvables, la combinaison production décentralisée et stockage du CO₂ pourrait devenir un débouché supplémentaire pour Bloom et une source de croissance pour Carbon TerraVault. La publication de montants contractés, de calendriers et de taux de captage mesurables serait alors plus significative que le seul objectif de puissance.

Scénario défavorable : les contraintes économiques retardent les projets

À l’inverse, des coûts de captage trop élevés, une demande moins ferme que prévu, un prix de l’électricité insuffisant ou des délais d’autorisation prolongés peuvent conduire à réduire, reporter ou abandonner certains projets. Bloom supporterait alors le risque de capacités de production anticipées, tandis que CRC pourrait tarder à rentabiliser ses investissements dans le stockage.

L’enjeu central est donc la conversion d’un potentiel de 1 GW en contrats financés et exploitables. L’annonce renforce le positionnement de Bloom Energy sur l’électricité destinée aux infrastructures numériques, sans constituer à ce stade une garantie de chiffre d’affaires. Pour California Resources, elle ajoute une perspective industrielle à Carbon TerraVault, dont la montée en puissance reste à démontrer.